Michel Cliquet


                        

Michel Cliquet est né à Bruxelles en 1947. Après des études d'architecture, il devient consultant en informatique, et enseigne les mathématiques. En 1992, il fonde les éditions de l'Acanthe, qu'il dirige jusqu'en 2006.

Aujourd'hui accompagnateur en développement personnel depuis son retour de Compostelle en 2011, auteur de nombreux recueils de poésie, il est également sculpteur et photographe.

    

"Aux portes du silence", Editions Muse, 2014.


Un extrait de "Aux portes du silence"

" Se retrouver ainsi au cœur du désert, dans une pérégrination rude, quasi solitaire par moments, silencieuse quand cela est souhaité, est une expérience forte, puissante, dans laquelle le moi est confronté à son miroir, sans plus aucune concession. Il n’est plus question de tricher avec sa conscience : la vérité de l’être est incontournable, et l’on ne trompe plus son reflet par aucun mensonge, aucune dissimulation, aucun semblant. Le désert représente notre vérité ; avoir pris la décision de le traverser en marchant pas à pas, d’en escalader les roches, les dunes, d’en affronter la chaleur, la soif, la fatigue, c’est se laisser porter par la force de l’esprit, comme une feuille par le caprice du vent, sans plus savoir si c’est le vent qui nous pousse ou si ce sont nos pas qui créent le vent. Le désert est le miroir de notre âme : nous y voyons tout ce qui nous est dissimulé par nos rituels quotidiens, nos habitudes d’automates humains réglées sur les valeurs que nous nous sommes définies une fois pour toutes, il y a de cela si longtemps que nous ne nous souvenons même plus des raisons qui ont un jour justifié de telles astreintes. Ici nous touchons à la liberté fondamentale de l’être, la liberté absolue de décider, en conscience, ici et maintenant, de ce dont notre être a réellement besoin pour mener sa vie à un aboutissement. Ici la plainte est futile, la lamentation est vaine, une seule chose importe : marcher, parce que ce geste seul nous mènera là où nous savons que se trouve notre destin. Ici, marcher, c’est respirer, voir, entendre ; c’est s’alimenter et se désaltérer à la source du monde. Le désert est un bijou vivant qui se porte à même la peau nue ; parfois léger, parfois lourd, parfois frais parfois brûlant, qu’on l’arbore humblement ou avec orgueil, il en vient toujours à assimiler notre apparence à son image, tant au-dedans qu’au-dehors ; nous en sortons enflammé, silencieux, lumineux, immense. "